Initiative pourtant récente, le mouvement de libération des données (« Open Data ») ne cesse de prendre de l’ampleur dans le monde.
L’Open Data se base sur un principe philosophique simple : les citoyens doivent avoir facilement accès aux informations qui les concernent ou des services qu’ils ont contribué à financer. Les collectivités ainsi que les gestionnaires de services publics sont donc incités à mettre en ligne toutes sortes de données. Ces données peuvent concerner des éléments aussi divers que le budget d’une collectivité, le détail de l’utilisation des impôts récoltés mais aussi les prénoms les plus souvent attribués ou les lieux de tournage de films.
La mise à disposition des données du gouvernement américain en 2009, rapidement suivie par le programme anglais (janvier 2010) ont lancé les mouvements de libération de données étatiques dans le monde. Dans le domaine des transports publics, les données partagées peuvent concerner le tracé des lignes, les horaires, les plans, etc.
En France, la communauté d’agglomération de Rennes a ouvert la marche dès 2010 en libérant de nombreuses données municipales, ainsi que les données de son réseau de transport. Début 2011, c’est Paris qui mettait en ligne plusieurs millions d’informations sur le portail opendata.paris.fr. La mise à disposition de ces données a plusieurs objectifs : en premier lieu, cela permet à l’ensemble des citoyens de consulter des millions de données sur les sujets qui les concernent directement. Mais au-delà de ce potentiel de consultation directe, l’intérêt de ces données est décuplé lorsque des développeurs informatiques s’attellent à la création d’applications.
► L’Utilisation des données ouvertes dans les transports publics
La libération des données relatives aux réseaux de transport présente un intérêt particulier pour les développeurs, car elle permet de concevoir rapidement des services qui adressent des milliers – voire des millions de clients quotidiens.
Lorsqu’à l’été 2009 le réseau de transport public de Boston – le MBTA – a mis à disposition ses données (Horaires, état du trafic, localisation des bus en temps réel), le développement d’applications pratiques a été très rapide :
- En une heure, il était possible de localiser les bus sur Google Earth ;
- En deux jours, il était possible de retrouver l’ensemble des arrêts et des lignes sur n’importe quel ordinateur ;
- En une semaine, un widget était disponible permettant de connaitre les prochains passages à un arrêt choisi ;
- En un mois, il était possible pour les commerçants de disposer d’un afficheur LED permettant d’indiquer aux clients les informations de l’arrêt le plus proche ;
- Après 5 semaines arrivaient les applications pour téléphone mobile.
En France, le réseau Keolis STAR de Rennes a ouvert la marche début 2010, au sein du programme d’ouverture des données de Rennes Métropole. Encouragé par la mise à disposition par un développeur indépendant d’une application iPhone pour les vélos en libre-service, l’opérateur s’est engagé dans un grand mouvement de mise à disposition de ses données.
Les données partagées concernent le réseau de transport (horaires, géolocalisation des arrêts, topologie du réseau…) mais aussi les vélos en libre-service, les parcs relais, les points de vente et l’information trafic en temps réel.
Six mois après la mise à disposition des données, un premier concours organisé par Rennes Métropole a récompensé deux applications pour téléphones mobiles : une permettant de connaitre l’ensemble des informations du réseau Keolis Rennes et une autre centrée sur la disponibilité des parcs relais et des vélos en libre-service, en utilisant la cartographie de Google Maps. Le transport a fait l’objet de la moitié des 43 applications candidates au concours et sur les 8 services primés, au moins 5 utilisent les données transport. Cet engouement démontre l’intérêt du public pour les applications liées aux transports publics..
En mettant à disposition leurs données, les opérateurs de transport profitent du talent de multiples développeurs et disposent ainsi, sans efforts, de nombreuses applications tirant partie de leurs données et mettent ainsi en valeur leur réseau.
Malgré tout, l’initiative de Keolis Rennes fait toujours figure d’exception. Si la Communauté Urbaine de Bordeaux a récemment ouvert son portail de données ouvertes (http://data.cub.fr), la mairie de Bordeaux souhaite garder le contrôle de nombreuses données, ce qui empêche la mise à disposition des données relatives au réseau de transport. De son côté, la SNCF vient tout juste d’ouvrir son portail d’open data (http://data.sncf.com), et libère lentement ses données.
Aux Etats-Unis, 198 réseaux de transport ont ouvert leurs données… sur les 826 existants ! Il reste du chemin à parcourir avant que les programmes d’ouverture de données ne deviennent la norme.
► Nombreuses sont les autorités organisatrices et les compagnies de transport qui y vont à reculons
Ouvrir ses données est un processus irréversible : une fois qu’un réseau a « ouvert les vannes », il semble difficile de les refermer du jour au lendemain. Il s’agit donc d’une décision importante, que bon nombre de fournisseurs de données n’ont pas encore prise.
La raison officielle tient souvent à un souci de fiabilité : en laissant à des tiers un accès à leurs données, les opérateurs prennent le risque d’une dégradation de l’information transmise aux usagers, causée par une mauvaise interprétation des données par les services d’enrichissement et de diffusion. Or une information voyageurs dégradée peut rejaillir sur la qualité de service perçue.
En réalité, l’expérience montre que ce risque est faible. La réticence des opérateurs tient principalement en trois raisons :
- La méconnaissance du procédé et le manque de moyens : ouvrir ses données est un procédé assez compliqué, il faut enregistrer ses données dans un format spécial, les documenter, mettre à disposition un site internet de partage et s’assurer de la mise à jour régulière des informations. Or la majeure partie des réseaux de transport, notamment les plus petits, ne disposent pas des moyens humains et financiers nécessaires.
- Une politique d’open data efficace nécessite une communauté de développeurs, ce qui n’existe pas forcément dans les territoires les moins peuplés.
- Les opérateurs de transport ont parfois tout simplement conscience de l’importance qu’ont leurs données pour les utilisateurs. Ils préfèrent garder le contrôle de cette information afin de la monétisation par le biais de leurs propres applications.
L’opérateur Veolia Transdev a ainsi publié en aout dernier l’application Urban Pulse, dont l’objectif est de recenser les données transport de ses réseaux, mais aussi de réseaux concurrents (l’application contient les données de Paris fournies par le STIF). En s’alliant avec des partenaires commerciaux et en proposant aux voyageurs des « bons plans » au sein de son application, Veolia Transdev l’opérateur espère tirer un bénéfice financier de la mise à disposition de ses données.
Les mentalités tendent cependant à évoluer. La RATP a, pendant longtemps, protégé ses données de toute utilisation non-autorisée. Et pour une bonne raison : son application pour iPhone et Android, longtemps vendue 1,29€ et téléchargée des dizaines de milliers de fois était un bon exemple de monétisation de données transport.
La RATP semble cependant avoir récemment évolué sur ce sujet. Elle a ainsi sorti une nouvelle version de son application, gratuite cette fois et a organisé en décembre dernier une journée de brainstorming avec des développeurs sur les questions d’open data. Elle a mieux compris comment partager ses données, et a pu communiquer aux développeurs la meilleure manière de les utiliser. Il reste désormais à voir quelles données seront libérées et sous quelles conditions.


Juste quelques précisions : Rennes Métropole est en effet très en avance sur l’open data et je m’en félicite mais de là à dire que nous avions ouvert notre site open data en 2008, eh bien c’est un peu exagéré ! Donc la bonne date est bien 2010, comme vous le dites un peu plus loin dans l’article.
Quant aux 43 applications que vous évoquez il s’agit des services qui ont été candidats au concours organisé par Rennes Métropole. La moitié en effet concernait l’information des voyageurs des transports en commun et au moins 5 services primés sur un total de 8 utilisent les données transports.
Pour le reste je suis d’accord avec vous ce serait bien que d’autres collectivités ouvrent leurs données transports ! les entreprises qui travaillent sur ces nouveaux services savent qu’il y a là un véritable enjeu de développement économique !
[Webmaster] La coquille est corrigée. Merci.
Excellent article.
Les nouveaux services issus du libre accès au données sont prometteurs. Nous espèrons que l’open DATA atteindra la Picardie et plus particulièrement Château Thierry dans un avenir proche.