La Seine au service de la logistique urbaine

La revalorisation du transport fluvial à Paris

En Ile-de-France, le trafic fluvial de conteneurs a été multiplié par 10 entre 1997 et 2007. Chaque année, ce sont plus de 20 millions de tonnes de marchandises qui transitent par les terminaux gérés par Ports Autonomes de Paris. 13 % de l’approvisionnement régional en marchandises est ainsi transporté par la voie d’eau.

De nombreuses enseignes, dont Carrefour, pratiquent déjà le transport fluvial de conteneurs entre le Havre et les ports franciliens. Le fret fluvial s’arrête malheureusement souvent aux portes de Paris (Bonneuil-sur-Marne dans le Val de Marne, Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine) et la desserte de l’Ile de France se poursuit par la route.

Ce sont notamment les activités de Voies Navigables de France (VNF), établissement public créé en 1991, qui soutiennent la revalorisation des voies d’eau partout en France via l’entretien, l’exploitation et la modernisation de l’ensemble du réseau. La gestion des infrastructures portuaires se fait en Ile de France sous l’autorité de Ports Autonomes de Paris

Le Grenelle de l’Environnement a fixé en 2009 l’objectif de doubler la part des transports de marchandises autres que la route et l’avion (le ferroviaire, le maritime et le fluvial) en 10 ans. Le développement du fret fluvial est également l’un des engagements du Plan Climat et du Plan de Déplacements de Paris depuis 2007.  La politique de la ville de Paris est en effet de promouvoir la mobilité de tous dans une perspective long-termiste de développement durable. Cela passe par le développement des modes de transports alternatifs à la route.

Sous ces impulsions, des projets, tel le canal Seine-Nord Europe qui reliera l’Oise au canal de Dunkerque, sont de véritables opportunités pour les chargeurs. Le canal sera mis en service en 2015 et permettra de relier 20 000 kmde voies fluviales à grand gabarit en Europe. De fait, le développement des infrastructures s’accélère afin d’anticiper la hausse de 200% du trafic fluvial de conteneur prévue d’ici 2020 par Ports de Paris.

Cette dynamique est portée par le besoin de désengorgement des routes et de réduction des nuisances (bruit, pollution…). Dans cette optique les bénéfices du transport fluvial sont nombreux. En effet le transport fluvial consomme 5 fois moins d’énergie que le transport routier et 2 fois moins que le transport ferroviaire. Sans nuisances sonores et plus sûr le trafic fluvial pourrait être triplé en Ile de France selon Ports de Paris, ce qui permettrait de délester le trafic routier de 2 millions de camions par an. Ports de paris met ainsi en place des actions favorisant ce mode de transport via notamment des incitations foncières et financières en fonction du trafic fluvial réalisé par le transporteur. L’investissement de Ports de Paris sur ses propres sites et sur certains domaines privés, moyennant une garantie de tonnage remis à la voie d’eau, concerne les infrastructures portuaires facilitant le fret fluvial mais également l’implantation de sociétés proposant des services de manutention. De la péniche de 300 tonnes au convoi poussé de 5 000 tonnes, différents gabarits existent et sont adaptés aux besoins des chargeurs. De même, de la simple location de terrain en bord de Seine à la gestion de l’intégralité de la chaine logistique, les solutions offertes sont multiples.

Afin d’intégrer au mieux la voie d’eau dans la chaine logistique des chargeurs, les ports situés le long de la Seine doivent pour certains devenir des sites intermodaux, via une connexion avec le ferroviaire ou relayés par des transports doux tels que les camionnettes et autres vélos électriques

Des projets concrets contribuent au renouveau d’un secteur délaissé

C’est grâce à cette revalorisation du transport fluvial que l’enseigne Franprix ou le spécialiste de la distribution urbaine Vert chez Vous ont pu mettre à profit la Seine dans leur chaine logistique.

La diversification des marchandises transportées est une opportunité pour le fret fluvial, avec de nouveaux marchés qui s’ouvrent à cette solution logistique. En effet, malgré des coûts attractifs le transport par voie d’eau nécessite plus de ruptures de charge (chargement –déchargement du bateau à la place d’un seul camion pour tout le trajet) et réclame de profondes modifications de la chaine logistique. Ce transport de masse reste soumis à des délais longs du fait de la lenteur du bateau en lui-même et des fréquences de trajet qui peuvent être biquotidiennes, ou simplement quotidiennes et sur lesquelles le chargeur n’a pas d’emprise. Selon le transporteur « Logiseine Logirhône », les chargeurs ne sont pas forcement prêts à subir les contraintes du  fret fluvial, parfois 5 à 10% mois couteux que la route.

En 2010, selon les données de la mairie de Paris, l’essentiel des marchandises véhiculées sont « des minéraux bruts et matériaux de construction (55 %), ainsi que des produits agricoles (21 %) tandis que l’activité des ports parisiens est toujours fortement liée au BTP avec : l’approvisionnement en matériaux neufs (agrégat et ciment), la fabrication de béton prêt à l’emploi, l’évacuation de déchets et déblais de chantiers du BTP et le négoce des produits du bâtiment ».   Ces produits sont en effet adaptés au fret fluvial car ils ont besoin de transport à grand gabarit et cela évite les convois exceptionnels, ils ne sont pas périssables et peuvent supporter les longs trajets.

En décidant de livrer 80 de ses magasins de proximité parisiens via la Seine et la route, Franprix fait entrer le transport de denrées alimentaires dans le secteur du fret fluvial urbain. Les partenariats entre acteurs privés et publics sont indispensables à la création de tels projets.  La coopération entre Franprix, le transporteur Norbert Dantressangle, Ports de Paris et Voies Navigables de France en est la preuve. Le défi lancé par l’enseigne a été relevé par Norbert Dantressangle qui a proposé cette logistique mixte fleuve/route : les camions prenant le relais de la barge qui naviguera de l’entrepôt Franprix situé à Chennevières-sur-Marne (94) jusque dans Paris au quai de La Bourdonnais. Le site « Franprix entre en Seine » souligne également que ces quais, qui sont en cours de réaménagement pour accueillir les opérations de chargements et de déchargements des marchandises, seront parallèlement réhabilités. Les travaux sont menés par Ports de Paris pour un budget de 1,5 million d’euros. Outre la diminution d’émission de CO2 et le désengorgement des routes, le projet « Franprix entre en Seine » se veut porteur de solutions innovantes et véritable « acteur du développement du transport fluvial ».

Lorsque les chargeurs ne font pas preuve d’innovation dans le transport de marchandises, des spécialistes de la distribution savent aussi prendre le relais.

Vert chez Vous lance le 2 mai 2012 l’utilisation d’une péniche comme entrepôt itinérant sur la Seine. Les marchandises déchargées le  long de la Seine seront récupérées par une flotte de vélos électriques qui parcourront les arrondissements du centre parisien. 10 escales permettront aux livreurs de rejoindre la péniche d’escale en escale après avoir déposé leurs marchandises aux destinataires. Vert chez Vous envisage de livrer ainsi 3 000 colis par jour à des entreprises, en Business to Business. Une manière d’amener un entrepôt au centre de Paris, qui fait face au prix élevé et au manque de foncier logistique au cœur de Paris. La limitation des nuisances est renforcée par l’utilisation de vélos électriques pour la livraison du « dernier kilomètre ».

Un mode de transport à développer à long terme sur le reste du territoire

La Seine est à la fois une voie pour les hommes et pour les marchandises. Cohabitent déjà sur ses eaux particuliers, sports nautiques, navettes régulières (Batobus, Vogueo) et bateaux-mouches permettant de découvrir Paris au fil de la Seine. Le transport de marchandises vient donc se greffer sur un trafic léger certes mais diversifié et dont les intérêts ne convergent pas forcement vers ceux du fret.

Multiplier par 3 le trafic fluvial de marchandises en Ile de France réclame donc d’intégrer les infrastructures et les flux dans un environnement exigeant : le cœur de Paris avec son architecture, son tourisme,… L’attention portée aux émissions de polluants, au bruit, à l’aspect visuel des sites portuaires prend donc ici toute son importance.

En outre, le partage de l’espace dans le temps entre activité portuaire et loisir est l’un des axes de développement des ports de la Ville de Paris. Les conflits de passage au niveau des ponts sont une contrainte forte à gérer et peuvent devenir un frein au développement du transport fluvial. De même, afin d‘éviter la concentration du trafic routier et de rapprocher les ports des lieux de destination, les sites doivent être répartis de façon équilibrée le long de la Seine.

Le cadre dans lequel s’effectue la diffusion des marchandises dans Paris, et le développement du fret fluvial sont pensés à long terme, en prenant en considération de multiples facteurs et exigences tant des riverains que des acteurs logistiques.

Ces projets portés en Ile de France sont pour l’instant uniques en France. Fort de 8 500 kmde voies navigables le réseau fluvial français est pourtant le plus long d’Europe. Les infrastructures sont également implantées sur tout le territoire et VNF, soutenant déjà les actions Franciliennes, gère6 700 kmde voies d’eau. Ce qui laisse à penser que les opportunités pour le fret fluvial sont tout aussi conséquentes.

L’axe Rhône-Saône traversant l’agglomération de Lyon en est l’exemple le plus frappant. Avec 6,7 millions de tonnes transportées par an et malgré une multiplication par 3 du trafic depuis1991, l’axe Saône-Rhône est largement sous-exploité. Il assure aujourd’hui 2% du transport de marchandises dans la vallée du Rhône alors que ce volume pourrait être multiplié par 5.  Les infrastructures portuaires sont pourtant bien présentes pour soutenir cette activité. Le port Edouard Herriot, situé au Sud de Lyon, premier port intérieur français pour les conteneurs d’après la Compagnie Nationale du Rhône, assure le rôle de plate-forme multimodale de proximité pour tous types de marchandises.

Du fait de son fort développement depuis les années 2000, un second terminal pour conteneurs a été construit en 2006 afin de doubler sa surface de stockage en portant la capacité totale du port à  400 000 conteneurs. Le port prend notamment  en charge des hydrocarbures, des granulats et matériaux de construction, des produits métallurgiques pour partie transformés sur place et destinés à l’industrie lyonnaise.

On imagine alors facilement la transposition d’une solution logistique telle que celle proposées par Vert Chez Vous, sur le Rhône ou la Saône, pour desservir les arrondissements du centre Lyonnais, voire des villes de la vallée du Rhône ; plus modestes certes mais qui sont traversées par le fleuve et qui pourraient également bénéficier des avantages du transport fluvial.

Le transport intermodal incluant une partie fluviale concourt au développement durable, permet le désengorgement du trafic routier et s’inscrit pleinement dans la logique du Grenelle de l’environnement et la politique de transport des villes.  Cette intermodalité reste pourtant à développer pour inciter plus d’entreprises à investir ce secteur et à adapter leur chaine logistique en fonction des opportunités fluviales. Les pionniers de la distribution via la Seine en Ile de France montrent la voie mais les établissements publics et privés en place tels VNF, Ports de Paris qui soutiennent ces projets savent qu’il faut penser à long terme et concilier performance économique, performance écologique et respect du réseau navigable.

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