La technologie NFC dans le transport ferroviaire : Quelles possibilités pour quels usages ?

Dans le secteur du transport ferroviaire, les technologies sans contact nourrissent de plus en plus d’ambitions. En effet, les opérateurs de transport cherchent désormais à améliorer la connaissance du client et simplifier le parcours d’achat. La technologie NFC (Near Field Communication) permet de répondre à ces attentes. Elle se définit comme un sous ensemble de la RFID (Radio-Frequency-Identification), une technologie permettant de stocker et de récupérer des données par radio, et dont la portée peut atteindre une dizaine de mètres.

I/ Une utilisation déjà quotidienne : la carte sans contact

Utilisée depuis longtemps en industrie, la technologie RFID permet notamment aux logisticiens et aux industriels de mieux gérer et de contrôler leurs stocks. L’adaptation au grand public de la technologie RFID se fait avec la NFC, qui permet un transfert sécurisé des données et fonctionne seulement lorsque les terminaux se trouvent à une courte distance (environ 10cm maximum).

La technologie NFC est déjà adoptée par différents transporteurs publics afin de restreindre l’accès à leur réseau aux détenteurs d’un badge ou d’une carte à puce, via des bornes dédiées. Cette carte sans contact fonctionne en système fermé obligeant l’opérateur de transport de développer son propre SI et nécessitant de mettre en place des équipements spécifiquement adaptés. En France, un exemple bien connu de tous les franciliens est celui du pass Navigo mis en place par la RATP en 2006 et qui permet aux utilisateurs d’accéder à tout ou partie du réseau de transport public d’île de France en fonction du type d’abonnement souscrit. D’autres systèmes plus complexes existent aussi en Europe comme la Oyster Card à Londres mise en service en 2003, et qui permet de charger un crédit, puis de le consommer progressivement en tenant compte du coût réel de chaque trajet, calculé en fonctions des stations d’entrée et de sortie du voyageur.

L’investissement nécessaire pour la mise en service d’un système de carte sans contact est assez élevé, essentiellement en raison des coûts d’infrastructure. Cependant, d’une part l’opérateur reporte une partie de cet investissement sur l’utilisateur, qui doit souvent payer la carte d’accès, et d’autre part l’opérateur réalise des économies liées à la dématérialisation des titres de transport.

L’un des points forts de la carte sans contact reste son utilisation simple et intuitive pour le consommateur. Profitant de l’utilisation croissante des cartes à puce (bancaire, fidélité, client), la carte sans contact se glisse dans le portefeuille des usagers sans bouleverser leurs habitudes.

II/ Une technologie en développement : Le NFC mobile

Si la carte sans contact a su rapidement s’intégrer dans les usages, l’interactivité qu’elle peut offrir entre l’opérateur et le voyageur reste limitée et les possibilités d’évolution faibles.

Du fait de ses caractéristiques, la technologie NFC s’adapte à un autre type de terminal : le téléphone portable. Les capacités du NFC mobile intéressent beaucoup d’opérateurs de transport :

  • L’interactivité est très élevée grâce à l’interface du Smartphone et à son microcosme d’applications,
  • La sécurité des données est renforcée du fait de la possibilité de verrouiller l’interface utilisateur avec un code et d’activer, ou non, le transfert
  • L’utilisation est intuitive si l’on considère que la majorité des utilisateurs potentiels possède déjà un Smartphone.

Coordonner tous les acteurs

Mais alors, si le NFC mobile est si prometteur, pourquoi tarde-t-il autant à se développer ? La réponse est en partie liée à la complexité de mise en œuvre d’un tel système qui nécessite la coordination d’un grand nombre d’acteurs. En premier lieu, le constructeur du téléphone doit intégrer les composants nécessaires à l’utilisation de la technologie NFC dans son Smartphone. Samsung (Galaxy III), Google (Nexus One) et RIM (Blackberry 7) ont déjà développé des mobiles compatibles avec la technologie NFC. Apple, acteur incontournable du marché mobile, ne l’a toujours pas intégrée dans la dernière version de l’iPhone (5), et ce sera probablement le modèle suivant qui en bénéficiera.

Une fois les composants techniques en place, l’opérateur téléphonique, le développeur du système d’exploitation du mobile (Google avec Android, Apple avec  iOS, Microsoft avec Windows Phone), ainsi que les développeurs des applications, doivent s’entendre pour proposer une solution globale avec des standards uniques. L’implication des banques devient également nécessaire dans l’hypothèse d’un système de paiement sans contact interopérable avec d’autres secteurs. Cette fonctionnalité est d’ailleurs un des arguments majeurs du NFC mobile, mais apporte des difficultés supplémentaires au développement de cette technologie, puisqu’elle implique de fortes contraintes de sécurité pour éviter le risque de fraudes.

Evolution du nombre de portables dans le monde

Sources: Sia Partners, Forrester, Gartner, IMC research

 Pour favoriser la mobilisation et la coordination des différents acteurs du NFC mobile, des consortiums tendent à se mettre en place à une échelle locale. C’est le cas de  « cityzi » en France : après un premier déploiement à Nice en mai 2010, l’initiative vise à développer le NFC en France et regroupe des opérateurs de télécommunication, des banques, des opérateurs de transport urbain, des commerçants et des acteurs industriels. Pour les habitants de Nice équipés d’un mobile cytizi, il est désormais possible de payer dans certains commerces, prendre les transports en commun, obtenir des informations touristiques ou encore gérer ses points de fidélité. Depuis, les villes de Caen, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse et Marseille proposent  des offres similaires. Au niveau international, l’Europe s’intéresse aujourd’hui de près au NFC, et prépare des standards et protocoles visant à homogénéiser les applications sur tout le continent, et ainsi faciliter la coordination des acteurs.

Adapter le modèle commercial

Indépendamment  des prérequis techniques nécessaires à l’utilisation du NFC mobile, l’opérateur ferroviaire doit avant tout se projeter, et déterminer la valeur économique d’une telle technologie. Quel modèle commercial peut-il envisager pour rentabiliser l’investissement dans la technologie NFC ? Quels partenariats, pour quels positionnements ?

En effet, ce n’est pas tant la technologie NFC en tant que telle qui est intéressante, mais les services innovants qui peuvent voir le jour du fait des nouvelles fonctionnalités disponibles. La dématérialisation du titre de transport, déjà effective avec l’e-billet sur Smartphone, est une première possibilité parmi d’autres offerte par le NFC. Par la suite on pourrait imaginer la possibilité pour le voyageur de payer l’ensemble des services offerts durant son trajet avec son téléphone, soit directement avec un système de paiement mobile, soit via un compte utilisateur sur une plateforme mobile de l’opérateur avec des factures régulières. D’autres solutions pourraient voir le jour en utilisant le fait que l’identification fondée sur un Smartphone NFC permettrait à l’opérateur d’avoir accès à toutes les données d’un voyageur et ainsi adapter ses services en fonction.

La démarche de proposer des services utilisant la technologie sans contact s’accompagne aussi d’une réflexion autour du positionnement sur la chaîne de valeur du NFC. Des acteurs majeurs comme Google et son application Google Wallet[1] s’introduisent sur le marché en imposant leurs solutions et leurs standards et en captant une partie de la marge et des informations du consommateur. Les opérateurs de transport font face à un dilemme entre s’allier à ces géants du secteur NTIC au risque de perdre de la marge ou développer leur propre système avec toutes les difficultés liées (investissements conséquents, risque d’une solution non attractive, système rapidement obsolète, maintenance coûteuse, etc.).

 III/ Deutsche Bahn et Touch&Travel

Tandis que les opérateurs ferroviaires européens cherchent encore leur modèle autour de la technologie NFC, la Deutsche Bahn (DB), opérateur ferroviaire allemand, a d’ores et déjà mis en place une solution NFC mobile sur son propre réseau. Baptisé « Touch&Travel », ce service a été introduit dès 2008 avec 200 testeurs équipés de téléphone sur la ligne entre Hanovre et Berlin et pour les transports publics dans la ville de Postdam. Les zones de test se sont étendues progressivement sur le territoire allemand pour que, finalement, le service Touch&Travel soit commercialisé en Novembre 2011.

L’utilisation du service Touch&Travel nécessite de créer un compte en ligne et de télécharger l’application dédiée sur son Smartphone. Dans la gare de départ, le voyageur s’enregistre à la borne NFC en approchant son mobile à proximité, et monte dans le train. Durant le voyage, le contrôleur peut vérifier si le passager s’est bien enregistré avant de monter à bord. A la fin du trajet, l’utilisateur se déconnecte en validant sa descente sur la borne située dans la gare d’arrivée. A la fin du mois, la DB envoie une facture avec le récapitulatif des voyages effectués. Tous les Smartphones n’intégrant pas la technologie NFC, le système Touch&Travel propose à chaque borne un système d’enregistrement par QR code (ou code barre 2D) que l’utilisateur doit prendre en photo pour valider son voyage au départ et à l’arrivée. Ce système hybride permet à la Deutsche Bahn de toucher un plus large public, tout particulièrement les nombreux utilisateurs d’iPhone.

Le système Touch&Travel Le système Touch&Travel

Le réseau Touch&Travel s’étend aujourd’hui sur quasiment toute l’Allemagne et est relié au réseau local des transports publics dans certaines grandes villes comme Francfort. Le voyageur peut faire du « porte-à-porte » de manière très flexible, en changeant, par exemple, sa destination en cours de route, sans se préoccuper de l’achat de tickets pendant ses correspondances.

 IV/ Vers un réseau de transport européen compatible avec la NFC ?

L’expérience de la Deutsche Bahn est un premier pas vers l’adoption de la NFC mobile par les entreprises ferroviaires.  Il permet à l’opérateur allemand d’amener progressivement ses clients vers une nouvelle façon de voyager, en attendant de proposer de nouveaux services en lien avec le NFC. Les opérateurs ferroviaires européens peuvent-ils envisager ce système, et peut-on imaginer un jour de voyager en « porte-à-porte » dans toute l’Europe avec son seul Smartphone ? Il n’y pas de réponse évidente à ce jour, tant les enjeux sont importants pour les opérateurs ferroviaires, notamment lorsqu’ils sont en compétition sur certains axes.

On identifie déjà certaines limites au déploiement d’un système de billet sur un mobile NFC du type Touch&Travel à un opérateur ferroviaire comme la SNCF. En effet, à la différence de la DB qui fonctionne en accès ouvert, la SNCF impose la réservation sur ses grandes lignes et, à l’image des opérateurs aériens, applique les concepts du Yield Management, à savoir une tarification variable en fonction du train choisi mais également de la date d’achat. Ainsi, le fonctionnement actuel de la tarification des TGV entraverait les possibilités d’un système flexible comme Touch&Travel. Le voyageur qui souhaiterait, par exemple, changer son parcours en cours de route devrait payer son billet au prix fort puisqu’il l’achèterait au dernier moment.

La maturité de la technologie, la montée en puissance du sans contact dans d’autres secteurs, tels que la distribution ou la banque, et les expérimentations en cours chez différents opérateurs laissent à penser que l’adoption de la NFC mobile dans le secteur ferroviaire n’est plus très loin.

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[1]Google Wallet est un porte-monnaie électronique qui stocke les différentes cartes de crédit et cartes de fidélité sur son mobile et permet de payer avec la technologie NFC

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