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06/09/2017

La Croix - Delta et China Eastern embarquent à bord d’Air France-KLM

Dans cet article publié le 4 septembre dans le journal La Croix, Bertrand Le Moigne, Associé chez Sia Partners, décrypte l’annonce par Air France-KLM d’une ouverture de son capital aux compagnies Delta Arilines et China Eastern. Les compagnies américaines et chinoises prendront en effet 10 % chacune du capital du groupe franco-néerlandais, lui permettant de nouer des alliances pour consolider ses routes vers l’Amérique du Nord et l’Asie.

Qu’ont décidé les actionnaires d’Air France-KLM ?

Point de turbulences excessives, le 4 septembre, lors de l’Assemblée générale extraordinaire de la compagnie aérienne franco-néerlandaise. Ses actionnaires ont approuvé à une très large majorité les orientations stratégiques présentées en juillet par le groupe.

L’américain Delta Airlines et le chinois China Eastern vont pouvoir acquérir chacun 10 % du capital du groupe franco-néerlandais en 2018, à travers deux augmentations de capital réservées de 376 millions d’euros chacune. Résultat, la participation de l’État français passera de près de 18 % à 14 %.

Qu’en attend la compagnie ?

Avec cet argent frais, Air France-KLM va acquérir, pour environ 240 millions d’euros, 31 % du capital de la compagnie britannique Virgin Atlantic, dont Delta est déjà actionnaire à hauteur de 49 %.

Surtout, 500 millions d’euros devraient être consacrés à réduire la dette d’Air France-KLM, haute de près de 3 milliards d’euros. « C’est sans doute la première motivation du plan : Air France-KLM a absolument besoin de se désendetter pour repartir de l’avant, estime Bertrand Le Moigne, spécialiste du transport aérien au cabinet Sia Partners. D’autant que de nouvelles normes comptables devraient encore la pénaliser davantage. »

Le groupe a recours à la location d’avions à hauteur de 40 %, contre 20 % en moyenne pour les autres compagnies. « Le problème, c’est que les compagnies devront bientôt intégrer le poids du leasing dans leur endettement. Cela va être douloureux pour le groupe franco-néerlandais », dit-il.

Quel va être le rôle de ces nouvelles alliances ?

Une colossale co-entreprise devrait voir le jour avec la fusion de deux alliances existantes aujourd’hui, celle entre Air France-KLM, Delta et Alitalia d’une part, et celle entre Delta et Virgin d’autre part, sur les vols transatlantiques.

« Avec la coopération annoncée, on va beaucoup plus loin que les partages de code (1). On peut s’attendre à des synergies commerciales plus importantes, avec des horaires de rotations optimisés et des accès à de nombreux hubs (plate-forme de correspondance aéroportuaire, NDLR) entre l’Europe et l’Amérique du Nord », dit Bertrand Le Moigne.

Avec un quart du marché, l’alliance sera le leader sur cet axe très concurrentiel de plus en plus attaqué par des compagnies à bas coûts. De même, le rapprochement avec China Eastern, basée à Shanghaï, la capitale financière de la Chine, vise à capter la clientèle d’affaires.

Existe-t-il un risque de perte d’indépendance ?

C’est ce que craignent certains, redoutant à termes une influence chinoise ou américaine. Même si la participation de l’État français se réduit à 14 %, ce dernier conservera cependant 23 % des droits de vote… à condition qu’il ne cède pas une partie de ses parts alors que le gouvernement Philippe réfléchit à des cessions d’actifs.

Les nouveaux actionnaires s’engagent à ne pas monter au-delà de 10 % pendant au moins cinq ans. « Je ne pense pas que le risque d’une perte d’indépendance existe à court ou moyen terme, dit Bertrand Le Moigne. Mais rien n’est garanti, bien entendu, à plus long terme. »

De son côté, le cabinet de conseil aux investisseurs Proxinvest, reconnaissant l’importance stratégique de ces alliances, estime que « le prix d’entrée de 10 € par action est un cadeau de mariage fait aux nouveaux entrants qui auraient dû débourser au bas mot 25 % de plus ». En tout état de cause, l’opération montre la volonté du PDG, Jean-Marc Janaillac, en poste depuis l’été 2016, d’accélérer une (re) conquête du ciel mondial.

(1) Un arrangement par lequel deux ou plusieurs compagnies aériennes partagent un même vol.

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