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30/07/2019

Le MaaS (Mobility as a Service) : Le nouveau compagnon de voyage

Comment le MaaS s’inscrit dans l’offre de mobilité actuelle, pour simplifier vos trajets ?

La demande des usagers des systèmes de transport a évolué ces dernières années.

Les voyageurs ont des attentes plus fortes en termes de simplicité d’accès aux services et de personnalisation [1]. Aussi, des mutations sociétales entraînent un changement du rapport au transport [2].

La prise de conscience écologique et les dispositifs déployés par les pouvoirs publics pour favoriser les modes doux enclenchent un report modal vers les transports en commun, les modes partagés, les vélos ou la micro-mobilité dans les grandes agglomérations. Citons par exemple la fermeture des voies sur berge à Paris au profit des piétons.

L’ajout d’une couche digitale à l’écosystème urbain a des impacts. Les populations sont plus connectées, et les nouvelles technologies favorisent l’entrée de nouveaux acteurs innovants à l’image de solutions comme Waze ou Citymapper. Aussi de nouveaux modes d’exploitation se développent. Le déverrouillage de véhicules partagés avec son smartphone en est un exemple.

Aussi, en France, l’urbanisation de la population rend la propriété d’un véhicule moins incontournable. Historiquement associé à la possession d’un véhicule, la mobilité se traduit aujourd’hui, dans les grandes villes, par une logique d’usage, de partage et d’accès à un service pour se déplacer [3].

Le MaaS (Mobility as a Service) s’inscrit dans ce changement de paradigme.

Chaque jour, vous réalisez en moyenne 3 trajets [4]

Vos trajets journaliers mettent en jeu une gymnastique complexe pour optimiser différents paramètres afin de parvenir à un choix parmi les options de mobilité disponibles. (voir Figure ci-dessous)

Figure 1 - paramètres de choix dans le déplacement

Chacun des paramètres de la figure 1 joue un rôle dans le choix final propre à chaque usager [5], [6]. Voici quelques innovations ou changements récents qui impactent trois d’entre eux : modes de transport disponibles, expérience utilisateur et typologie de voyageur(s).

1/ Le nombre de modes différents disponibles croît

Les modes de transport disponibles sont de plus en plus nombreux. Ce sont bien de nouvelles solutions qui s’ajoutent aux modes historiques et se consolident [7].

Le transport à la demande offre une flexibilité accrue pour une meilleure adéquation entre l’offre et la demande. Ce mode répond aux spécificités des zones peu denses, peu ou mal desservies. Il permet en effet d’adapter les parcours et les horaires à la demande réelle. Un exemple récent est l’annonce par Valérie Pécresse en février de l’arrivée de Flexigo, un service complémentaire de Île-de-France Mobilités. Il sera assuré à l’aide de minibus.

La micro-mobilité (trottinettes électriques, segways, giropodes etc…) possédée ou en free floating est pertinente sur des trajets courts. Elle concurrence donc des modes, tels que le vélo ou le VTC. Aussi, l’utilisation en free floating ou la possibilité de transporter ces moyens de locomotion à bord de modes plus lourds comme les trains, permet des combinaisons multimodales nouvelles pour les trajets. 230 000 trottinettes électriques ont été vendues en 2018 en France [8]. Bird et Lime, exploitants de flottes de trottinettes électriques en free-floating, n’ont mis qu’un an à atteindre les 10 millions de trajets réalisés dans le monde [9].

Les solutions de partage de véhicule particulier (autopartage, covoiturage) créent également de nouvelles dynamiques de déplacement. Elles sont une alternative à la possession d’un véhicule. Plusieurs solutions d’autopartage en trace directe ou en free floating se sont donc implantées dans plusieurs grandes villes. Free2Move et Moov’in.Paris ont les plus grandes flottes dans Paris avec respectivement 550 et 500 véhicules disponibles [10], [11].

Les taxis font désormais partie de la palette des solutions intégrées dans les offres de recherhe, réservation et de paiement, voire abonnement urbain, MaaS. Pour expérimenter, rendez-vous à Vienne (WienMobil) ou à Helsinki (Whim).

2/ Expérience utilisateur

Plusieurs innovations technologiques ont des impacts directs sur l’expérience utilisateur et facilitent le parcours des usagers.

La dématérialisation des titres notamment permet une fuidification des étapes de validation :

  • mBillets et abonnement grace à NFC Mobile : dématérialiser son titre de transport ou abonnement sur son smartphone et, ensuite, le valider sans contact est désormais possible, y compris à Paris.
  • Matérialisation sur des supports physiques : les passes qui fonctionnent sur tous les réseaux de métro, RER, bus, tramways d’une agglomération se sont quasiment généralisés. La prochaine étape est leur portabilité d’une ville à l’autre grace aux normes (AMC, Hoplink) et l’élargissement de leur périmètre avec des services annexes (parking vélo, etc.)

Grace à la simpification du paiement, il est désormais possible de supprimer la notion même du billet ou de l’abonnement et d’imputer à l’usager un coût du transport personnalisé en fonction des déplacements réellement effectués :

  • Open Paiement carte bancaire : l’usager présente sa carte bancaire à l’entrée et à la sortie du réseau ou du véhicule. Le montant correspondant au trajet effectué est débité post trajet sur le compte bancaire du payeur. C’est notamment le cas à Londres avec le système mis en place par Transport for London ou à Séoul.
  • mPaiement/ NFC Mobile : le principe est le même que l’open paiement par carte bancaire, mais avec le smartphone. Outre Londres, le principe peut être expérimentée dans les plus grands réseaux de transport mondiaux : Séoul, Shanghai, Pékin, Guangzhou.

3/ Typologie des voyageurs

Les usagers choisissent les itinéraires plus rapides, plus confortables et plus simples pour eux. Pour un vaste pan de la population, voire pour chacun, à un moment de sa vie, les installations prévues par les transporteurs entrent dans les critères de choix des usagers [12]. Les solutions MaaS cherchent à répondre de manière personnalisée au contexte de chacun. Pour en citer quelques cas d’usage réalisables :

  • les personnes en situation de handicap moteur choisiraient leurs itinéraires en fonction de l’aménagement PMR des stations et des moyens de transport
  • les mineurs ne visualiseraient pas les options qui leur sont interdites par la loi, comme les trottinettes électriques
  • les voyageurs munis de bagages éviteraient les correspondances par voie publique
  • les usagers transportant un vélo ou les animaux seraient guidés vers les itinéraires urbains autorisés
  • les personnes agées et les femmes enceintes seraient guidées vers les itinéraires avec la moindre marche à pied

L’usager a besoin de se faire guider dans son choix parmi pléthore de modes et d’enseignes

La quasi-majorité d’itinéraires porte-à-porte d’un usager est multimodale. Les trajets sont donc le plus souvent composées de sous-trajets. Chacun de ces sou-trajets a des paramètres propres qui influent le choix de l’utilisateur.

Figure 2 - Domaine de pertinence des modes selon la distance parcourue

Le choix final n’est donc pas uniquement un arbitrage entre plusieurs itinéraires associés à un unique mode de transport chacun, mais bien à une combinaison de différents modes et de correspondances avec leurs caractéristiques propres.

Plusieurs nouveaux modes de transports apparaissent. En revanche, une caractéristique propre à ces modes, contrairement aux modes historiques plus lourds, est la pluralité des opérateurs pour un même mode. C’est en cela que la multimodalité ajoute une couche de complexité. (Nous l’avons déjà évoqué dans notre article La valorisation des données de mobilité : vers une information multimodale. Disponible sur : http://transport.sia-partners.com/la-valorisation-des-donnees-de-mobilite-vers-une-information-multimodale

Prenons l’exemple d’un parisien qui a besoin de compléter son trajet de métro : il a le choix entre la trottinette électrique, le VTC, le vélo. Avec plusieurs prestataires : Lime, Jump (Uber), Bird, Bolt et bien d’autres pour les trottinettes électriques ; Uber ou Kapten pour les VTC ; Ofo, Mobike, Oribiky pour les vélos en free-floating. Cette multiplication d’options accroit le nombre de combinatoires possibles pour un même trajet.

Le MaaS se présente comme une réponse à cette complexité en accompagnant l’usager de bout en bout dans son choix

Il est de plus en plus complexe de faire un choix objectif et informé entre les différentes options qui s’offrent à nous pour un même trajet. Face à l’ensemble de ces choix, des solutions MaaS (mobility as a service ou mobilité en tant que service) se développent et proposent d’accompagner l’usager dans son trajet de bout en bout. Ces solutions se distinguent, car elles sont orientées client pour lui proposer une expérience de mobilité fluide d’un point A à un point B, quels que soient les modes de transports choisis, le nombre de modes nécessaires et les opérateurs de ces modes.

Les solutions sont plus ou moins englobantes tant en termes d’étapes du parcours client, que des modes couverts [13], [14].