• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
18/12/2019

Fusion PSA-FCA - Interview d'Arnaud Aymé sur BFM TV

Arnaud Aymé, associé chez Sia Partners et spécialiste des transports était invité à l'antenne de BFM business hier soir dans l’After Business pour discuter de la fusion des groupes PSA et Fiat-Chrysler. Quels sont les tenants et les aboutissants de cette union de taille dans le monde de l’automobile ? C’est la question à laquelle il a répondu dans l'After Business de BFMTV animé par Stéphanie Coleau.

Reste-t-il des obstacles à cette fusion ?

Les feux verts ont été donnés ces derniers jours aussi bien par la famille Peugeot que par le conseil de surveillance de PSA. Il ne semble plus y avoir de problèmes pour que la fusion s’opère. Cependant Arnaud Aymé explique que cet accord officiel à la fusion n’est que le début de « discussions exclusives et engageantes » entre les deux géants de l’automobile. De très nombreux sujets tels que les modalités de paiements restent à discuter avant que la fusion ne soit effective. D’ailleurs il précise que ces discussions plus ou moins longues devraient mettre au minimum 1 an à se faire et que cela nous amènerait à un « closing » terminal en fin 2020. De surcroit, des sujets plus ou moins épineux restent à résoudre du côté de Fiat-Chrysler.

Quelles difficultés subsistent du côté italien ?

Bien qu’elles ne représentent pas de blocages substantiels, deux « épées de Damoclès » pèsent actuellement sur le groupe Fiat-Chrysler :

  • Le premier problème vient des Etats-Unis où le concurrent majeur de FCA, General Motors, l’accuse d’avoir corrompu des syndicats pour limiter des hausses de salaires
  • Le deuxième vient du fait que le fisc italien pense que les actifs de Chrysler ont été sous-évalués au moment du rachat de la compagnie par Fiat il y a 5 ans. Il a de ce fait ouvert une enquête à ce sujet.

Bien que cela ne soit pas bloquant pour la fusion, Arnaud Aymé nous informe que ces sujets peuvent mettre des années à se résoudre dans un sens ou dans l’autre. Ce sont donc des menaces qui doivent être prises en compte par le groupe PSA car cela peut impacter la parité financière de la nouvelle entité ou les dividendes exceptionnelles qui devaient être versées aux actionnaires de FCA.

Qu’en est-il du capital et du poids des entités en présences dans l’union ?

La fusion telle que prévue devrait être paritaire en terme de capital à 50/50 pour FCA et PSA. Arnaud Aymé nous précise cependant que les analystes ont une autre lecture sous-jacente liée au poids stratégique des entités d’une part française et de l’autre italienne. En effet l’actionnariat sera divisé de la manière suivante pour les actionnaires significatifs : 6 % pour Peugeot, 6 % pour la BPI France (l’état français), près de 15% pour la holding de la famille Agnelli, et 6% pour le chinois Donfeng Motor. Cela ramène à une situation aux alentours de 12 % pour la partie française contre 15% pour l’italienne. Une clause du mariage franco-italien permettra à Peugeot de racheter des parts d’actionnariats de la nouvelle entité, notamment à Dongfeng Motor, afin de ré-équilibrer la situation. Arnaud Aymé nous précise que ce faisant, l’entreprise chinoise passerait sous la barre des 5 % et perdrait alors son siège d’administrateur ce qui contenterait l’administration américaine. 

 Pour ce qui est du conseil d’administration, la notion d’équilibre est-elle encore une fois respectée ?

Le conseil d’administration se composera de 11 personnes : 5 désignées par FCA (dont le président John Elkann) , 5 désignées par PSA et 1 siège de plus, de facto attribué à Carlos Tavares par sa position de directeur général. Cela constitue un rapport de force de 6 contre 5 cette fois ci en faveur des intérêts de PSA. Cela restera d’ailleurs le cas pour au moins 5 ans, temps minimum pendant lequel il a été décidé que M. Tavares reste en position de direction générale du groupe. On peut voir dans cette concession stratégique du côté FCA une façon de reconnaitre la part plus important de PSA dans l’alliance malgré l’équité capitalistique. De plus John Elkann ne venant pas purement du monde de l’automobile et n’étant pas un « capitaine d’industrie » contrairement à Carlos Tavares, il est à noter que cela à de bonnes chances d’être bénéfique à tout le monde.

Passée la vision capitalistique, qu’en est-il de la fusion industrielle ?

Carlos Tavares dit ne pas voir de nécessité à supprimer des marques ou des usines. PSA ayant 5 marques et FCA 9 autres, le total monte à 14 ce qui est assez proche de ce qui se fait chez Volkswagen Group et ce-dernier s’en porte bien. Pour ce qui est des usines françaises, elles ont déjà été restructurées et sont perçues comme efficaces et optimisées en terme de remplissage. Par contre, la question se posera peut être du côté italien. L’enjeu principal du nouvel ensemble sera de toutes les façons le remplissage. Il va falloir s’assurer que les ventes permettent de tirer celui-ci vers le haut. Si FCA a d’ailleurs moins performé ces dernières années c’est parce que les capacités de remplissage n’étaient pas maximisées.

Qu’est-ce que les deux géants vont mutuellement s’apporter dans ce mariage ?

Trois gains sont à noter dans cette alliance :

  • L’apport mutuel de volume. Cela va mettre d’instaurer des réductions par une économie d’échelle par exemple dans le domaine de la R&D sur des thématiques telles que l’automatisation, le véhicule connecté ou encore l’électrification des moteurs. Ce dernier point est un des challenges important de l’industrie automobile. PSA a d’ailleurs annoncé avant même la fusion dans son plan stratégique « Push to Pass » que d’ici 2021, ils voulaient que la moitié de leurs modèles aient une version électrique ou hybride et que ce chiffre monte à 100% d’ici 2025.
  • PSA apporte à l’union une technologie plus avancée.
  • Fiat-Chrysler, en contrepartie, ouvre le marché américain à la nouvelle entité sachant qu’ils représentent 30% des parts de marchés aux U.S.A.

Arnaud Aymé conclut donc en disant qu’il n’y a donc plus aucun blocage réel à l’union mais qu’un travail important de fond sur divers axes très concrets reste maintenant à mener.

Pour retrouver l'interview dans son intégralité : lien

0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top