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23/03/2018

L’implication citoyenne dans la remontée des faits de sûreté

Le 21 août 2015, une tentative d’attentat dans un Thalys est déjouée par des passagers. Le 22 mars 2016, une série de trois attentats-suicides touche l’aéroport de Bruxelles et une rame de métro. Ces évènements nous rappellent que les enjeux relatifs à la sûreté dans les transports sont cruciaux. Les menaces sont réelles et polymorphes. Elles proviennent désormais des citoyens et visent les personnes sans distinction. Face à cette nouvelle typologie de violence terroriste, les moyens mis en œuvre doivent évoluer. Les transporteurs peuvent envisager de développer de nouvelles solutions de signalement.

Les acteurs du transport incluent les usagers dans les dispositifs en place

La SNCF a mis en place les numéros d’urgence « 3117 » et « 31177 ». Le premier à contacter par téléphone, le second par sms, permettent aux utilisateurs de signaler des situations à risque dont ils sont témoins ou victimes à bord des trains de la compagnie française. Ce service est disponible 24h sur 24, 7 jours sur 7. Le signalement du client remonte à un agent SNCF formé pour récupérer les informations nécessaires à l’analyse de la situation. Suite à ce diagnostic, il établit la procédure à suivre. C’est l’agent qui se charge ensuite de contacter les acteurs de sûreté pertinents pour répondre à la situation d’urgence : police, démineurs ou SAMU par exemple. L’agent informe également les instances de SNCF en charge de la circulation des trains et de la sûreté. Il est intéressant de noter que depuis 2015 les agents ont été spécifiquement formés à la gestion des cas d’attaques terroristes. Les appels afférents sont traités selon un processus spécifique.

L’exemple de SNCF n’est pas isolé. Plusieurs initiatives, plus ou moins en lien avec la sûreté témoignent de l’ambition d’inclure les citoyens dans la remontée d’informations exploitables par les acteurs des réseaux de transport.

Nous pouvons citer l’exemple de l’application Waze qui démontre le bénéfice du crowdsourcing dans la mise en place d’une application de calcul d’itinéraire et de remontée d’alerte pour les utilisateurs. Les usagers consomment de l’information mais en sont également les producteurs, l’application se chargeant de mettre en relation ces producteurs et consommateurs d’informations via la géolocalisation.

Des collectivités ont fait le choix de tester la mise en place de dispositifs de signalement d’évènements en lien avec leur agglomération ou leur réseau de transport. FixMyStreet permet par exemple de signaler tout problème observé au niveau local au Royaume Uni. Le processus est simple : l’utilisateur, depuis la plateforme web, localise l’endroit concerné, apporte une description de l’observation appuyée d’une image et les opérateurs de la plateforme se chargent de contacter les acteurs publics concernés. Sur le même principe, FixMyTransport fut mis en place de 2011 à 2015 pour permettre aux utilisateurs de remonter tout problème observé sur n’importe quelle ligne de transport au Royaume-Uni. Cela permettait une remontée directe des informations qui étaient ensuite fléchées vers les opérateurs de transport concernés.

Autre exemple : des applications telles que mySOS, permettent en quelques secondes de diffuser des alertes aux personnes clés dans une situation à risque : proches, médecin, services de secours… Aussi, l’application met en lien l’utilisateur avec la communauté d’utilisateurs qui peut alors lui venir en aide.

Ces exemples soulignent l’ambition d’impliquer les citoyens dans les dispositifs de sûreté pour des motifs parfois économiques mais surtout pour des raisons d’efficacité opérationnelle des dispositifs mis en place. En effet, en tant que citoyens, nous représentons un important réseau d‘émetteurs d’information. Dans l’environnement actuel, les sources de danger sont diverses et vastement réparties. Il est nécessaire de capitaliser sur le réseau physique intelligent que représente la masse citoyenne. Aussi la diversité des fonctionnements testés par les acteurs montre que les solutions en place ne sont pas tout à fait matures et peuvent encore fortement évoluer.

 

Un enjeu de taille : favoriser l’implication des citoyens

Les menaces évoluent et les moyens mis en place pour y faire face doivent inclure les citoyens. Cependant il n’est pas aisé de favoriser une implication citoyenne. Les exemples cités englobent des solutions qui bénéficient directement aux utilisateurs. Ici, il est question de renforcer la vigilance collective pour accroitre la sûreté globale sans tomber dans les travers de la méfiance généralisée. Les français, en comparaison des pays européens voisins démontrent une implication faible lorsqu’il s’agit de problématiques de sûreté. Il est donc crucial de se demander quels sont les leviers pour favoriser une implication des citoyens dans cette lutte.

Tout d’abord, ce phénomène peut s’expliquer par des raisons historiques. La France a longtemps conservé une très forte implication de l’Etat concernant les questions de sécurité. Si bien que les citoyens français ont l’habitude de remettre la gestion de leur sécurité dans les mains des forces de l’ordre sans y participer activement. Or, les solutions qui émergent aujourd’hui supposent une collaboration des différentes parties prenantes concernées dans la construction d’une sûreté efficace. Cette culture de la sécurité n’a pas été inculquée aux citoyens durant ces dernières années. La transition est donc plus difficile.

Il faut de façon générale s’assurer que les citoyens comprennent le rôle que l’on attend d’eux. En premier lieu, il est nécessaire de décrire les bénéfices de l’engagement citoyen. En effet, déceler de potentiels passages à l’acte passe par l’observation et l’analyse d’éléments constitutifs de notre environnement quotidien. La présentation du plan Vigipirate souligne notamment que « l’attention de tout un chacun, portée à des détails simples, sauve des vies ». Ensuite, les citoyens doivent être formés pour être parties prenantes aussi efficacement que possible. Pour reprendre l’exemple précédent, des triptyques clés sont exposés pour adopter les bons réflexes : incohérence – étonnement – signalement pour détecter une situation à risque puis observer – mémoriser – signaler pour avertir. Les attentes envers le citoyen sont rendues lisibles. Ces gestes simples sont également déclinés selon les situations. Le format utilisé (brochures courtes, illustrées, présentant plusieurs vignettes à la manière des bandes dessinées) est clair et autoporteur. Il peut facilement être affiché, diffusé et compris. Il représente une réelle marche à suivre pour le citoyen.

Malgré une communication limpide des actions à réaliser, l’implication des citoyens peut rester faible. Alors plusieurs leviers subsistent. Un rapport de l’Institut des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice  liste certaines recommandations. Elles concernent différentes thématiques, dont la diffusion de la culture de l’implication citoyenne. Il serait intéressant de mettre en place les dispositifs permettant d’accompagner les citoyens dès l’enfance. Cela impliquerait par exemple de donner une place à l’éducation à la sûreté dans le parcours scolaire, de favoriser et de mieux reconnaître l’implication bénévole dans le cadre d’un service civique par exemple. Aussi, il serait bénéfique de créer des réserves citoyennes pour impliquer et former une plus grande part de citoyens et améliorer la qualité des actions qu’ils réalisent. Ces mesures visent à pallier la prééminence de l’Etat dans les questions de sécurité depuis plusieurs années et de diffuser la culture de la sécurité auprès des citoyens. A court terme, la thématique de la communication est abordée. Les réseaux sociaux et nouvelles technologies doivent permettre à la fois de diversifier les moyens de s’impliquer mais également de communiquer plus largement sur les solutions mises en œuvre. Dans cette démarche, il est crucial de mutualiser les outils digitaux qui seront mis en place dans les différents secteurs et pour les différentes situations de crise afin de bénéficier d’une remontée d’informations plus conséquente. Aussi, il serait utile de définir des labels pour catégoriser les outils digitaux. Pour les citoyens, cela simplifierait l’identification des moyens de s’impliquer. Finalement, la notion de reconnaissance est adressée. Il est important de rendre tangible le bénéfice de l’implication citoyenne. Cela peut passer par des avantages d’ordre social ou des reconnaissances comme des distinctions officielles à l’image des médailles reçues par les passagers ayant déjoué la tentative d’attentat dans le Thalys. Il pourrait être envisagé de mettre en place une distinction spécifiquement prévue à cet effet et par l’Etat d’une part mais également par certains acteurs de la sûreté dans les transports en général.

Pour finir, l’implication citoyenne, une fois favorisée et inculquée au sein de la population doit faire ses preuves. En d’autres termes, il est nécessaire de rendre l’exploitation des informations remontées efficiente et productive. En effet, mutualisées, les remontées des différents outils digitaux pourraient représenter un ensemble conséquent. Leur traitement serait donc un enjeu de taille. Deux leviers font surface. En premier lieu, une communication adéquate est primordiale pour que les citoyens effectuent d’eux même un premier niveau de tri et de qualification des informations observées. Dans un second temps, l’automatisation du traitement des remontées, appuyée par exemple sur l’intelligence artificielle, sera un enjeu de taille pour gagner en réactivité.

 

Conclusion : Des bénéfices à la hauteur des obstacles à franchir pour les atteindre

Pour les opérateurs de transport, la sûreté est un enjeu de taille. L’implication citoyenne est désormais indispensable au vu de la nature des menaces.

Cette dernière n’est pas aisée à mettre en œuvre. Les bénéfices potentiels qu’elle représente justifient tout de même d’actionner les leviers pour la favoriser. Les nouvelles technologies en lien avec les bonnes pratiques listées doivent permettre d’implémenter des dispositifs permettant aux citoyens de s’impliquer dans l’amélioration de la sûreté au bénéfice de tous.

 

L’implication citoyenne dans la remontée des faits de sûreté

 

 

[1] https://www.inhesj.fr/sites/default/files/fichiers_site/les_publications...

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