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02/09/2019

Collectivité ou Autorité Organisatrice de mobilité : votre mode emploi pour la mise en place d’un service de Robotaxi

Depuis ses premiers pas, le véhicule autonome ne cesse de franchir les paliers techniques. Cela se traduit par des progrès de plus en plus visibles, se matérialisant par des expérimentations en conditions réelles ou quasi-réelles. Parmi les différents usages possibles, le “robotaxi” semble s’imposer comme l’un des cas d’usage les plus avancés, et pourrait voir le jour dans un futur proche.

Devant ce constat, les collectivités territoriales s’interrogent sur la pertinence de ce service qui pourrait compléter la palette de services traditionnels de transport urbain sur leur territoire. Au-delà des aspects législatifs et financiers, quelles seraient les questions préalables à la mise en place d’un service de robotaxis à l’échelle d’une collectivité ?

Un service de robotaxis : pour quoi faire ?

Le robotaxi, taxi-robot ou taxi sans conducteur est un service public de transport de personnes réservable à la demande et opéré grâce à une flotte de véhicules disposant d’une autonomie avancée.

Le précurseur en la matière se nomme Waymo : les premiers robotaxis développés par les équipes de Google ont été mis en service en décembre 2018 aux Etats-Unis, dans la banlieue de Phoenix. D’autres services concurrents devraient suivre : Cruise (filiale de General Motors), Uber ou Didi ont tous des projets de robotaxis en cours.

Les concepteurs de ces solutions promettent une multitude de bénéfices pour la collectivité : moins d'accidents, moins de pollution, voire un renforcement de la surveillance de la criminalité dans les rues, grâce à l'informatique embarquée. A l’échelle d’une métropole, ces services pourraient surtout rendre inutile l’usage de la voiture individuelle pour la plupart des déplacements urbains, ce qui aurait pour conséquences le rétrécissement du parc automobile privé et la redistribution de l’usage de l’espace public.

 

Pourquoi se lancer aujourd’hui ?

 

La stratégie nationale de développement des véhicules autonomes a été présentée en mai 2018, par Anne-Marie Idrac, nommée haute responsable du sujet et Senior Advisor de Sia Partners. Dans ce cadre, l’Etat a affiché son ambition de placer le pays à la pointe de l’expérimentation et de l’industrialisation du véhicule autonome.

La France s’est ainsi dotée de moyens législatifs, financiers et industriels (détaillé dans la partie suivante) permettant de se positionner dans la course mondiale, menée par les Etats-Unis et la Chine. Les entreprises issues de ces deux pays accumulent en effet les kilomètres de simulations et de tests grâce à leurs champions prénommés Google, Tesla ou encore Baidu.

La réussite de ce pari passe nécessairement par l’accélération des programmes d’expérimentation à travers le pays. Les collectivités territoriales, confirmées dans leur rôle d’autorités organisatrices des mobilités, sont donc légitimes pour concrétiser ce mouvement, et peuvent s’appuyer sur le tissu industriel local ainsi que sur l’écosystème universitaire.

 

Comment lancer un service de robotaxis dans une collectivité ?

 

Que dit la loi ?

           

La loi PACTE, votée en octobre 2018, a ouvert la voie aux expérimentations de véhicules autonomes sur tout le territoire national. La loi d’orientations des mobilités, présentée quant à elle en novembre 2018, autorise la circulation de véhicules autonomes de niveau 3 à partir de 2020, et de niveau 4 à partir de 2022.

Le cadre législatif est donc favorable à toute expérimentation de services de robotaxis. A noter que le texte adopté porte également sur la responsabilité civile et pénale en cas d’accident : les titulaires d’autorisations de tests - et non les conducteurs - seront désormais responsables devant la loi.

 

Quelles sont les sources de financement possibles ?

 

En plus du cadre législatif, les pouvoirs publics ont doté les collectivités de fonds spécifiques pour encourager les expérimentations de véhicules autonomes. La voiture autonome bénéficie notamment d’un financement à l’échelle nationale de 300 M€ prévus pour les expérimentations, auxquels viendront s’ajouter une partie des budgets consacrés à l’intelligence artificielle et une partie de ceux dévolus à la modernisation de l’infrastructure (100 M€ à court terme).

En plus de cela, la région Ile-de-France a pour sa part annoncé la création d’un fonds de 100 M€ dédié aux véhicules autonomes.

 

L’écosystème de partenaires : comment bien s’entourer ?

 

Plusieurs acteurs issus d’industries différentes se sont lancés dans la course à l’innovation pour développer des services de robotaxis ou de navettes autonomes. Ils ont également tissé de nombreux liens entre eux grâce aux jeux d’alliances et au moyen d’acquisitions et de prises de participation.

Il n’existe pas encore de service de robotaxis suffisamment mature pour proposer un service “sur étagère”. Afin de pouvoir mettre en place ce service, les collectivités n’ont d’autre choix que de bâtir un partenariat multidisciplinaire, à même de réussir ce défi à la fois technologique, financier et social.

A titre d’exemple, le Rouen Normandy Autonomous Lab, pionnier européen dans l’expérimentation de voitures autonomes sur des routes ouvertes au public, est le fruit d’un partenariat entre la métropole Rouen Normandie et plusieurs acteurs : un constructeur automobile (Renault), un opérateur de transport (Transdev), des partenaires financiers (Caisse des dépôts, Région Normandie) et une compagnie d’assurance (Matmut).

D’autres acteurs pourraient être sollicités pour de futurs partenariats : les géants du numérique, les équipementiers, les opérateurs télécom ou encore l’écosystème de recherche.

 

Avant de se lancer : les prérequis techniques incontournables

Même si chaque territoire peut avoir ses spécificités, voici la liste des adaptations à réaliser sur le réseau, a minima :

  • Délimiter la circulation automatique, la mise en place de voies dédiées est, par exemple, nécessaire ;
  • Mettre à niveau les chaussées et la signalisation ;
  • Déployer les solutions de connectivité nécessaires : systèmes centraux, unités bord de route, unités embarquées dans les véhicules du gestionnaire routier.

 

Expérimenter avant d’ouvrir

 

Avant d’envisager une ouverture au public, une phase d’expérimentation est nécessaire. Les technologies de conduite autonomes ne sont qu'à leurs débuts, et les défis sont encore nombreux. Pendant cette phase, comme pour toutes les innovations liées au transport de personnes, la préoccupation majeure sera la sécurité. Alors que l’industrie automobile se pose encore beaucoup de questions sur le coût social du véhicule autonome, tout accident pourrait faire avorter le projet de robotaxis.

Au-delà de l’enjeu technique, la phase d’expérimentation devra également servir à tester l’intégration de ce service à son environnement, son acceptabilité sociale et sa soutenabilité économique.

Afin de garantir une mise en service dans des délais raisonnables, une des stratégies possibles est d’ouvrir progressivement la zone de couverture, ou de définir des stations fixes où les usagers pourront être pris en charge ou déposés.

 

Faire un bilan d’expérimentations, rectifier le tir et généraliser

 

Selon la région parisienne, les premiers retours des expérimentations en cours affichent un taux de satisfaction voyageurs de 97%. Un bon présage pour la généralisation du service donc.

 

En synthèse, quel avenir pour les robotaxis ?

Dans son rapport de Mai 2019, l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la région Ile de France annonce que, depuis 2015, 70 expérimentations sur le territoire français ont permis de parcourir environ 300.000 kilomètres de tests.  En comparaison, l’entreprise Waymo, filiale d’Alphabet Inc., a déjà parcouru plus de 16 millions de kilomètres à elle seule ! Pourtant, fin 2018, IDFM et la région Ile de France avait déjà annoncé dégager un budget de 100 millions d’euros afin de faire de l’Ile de France la 1ère région mondiale du véhicule autonome au monde, avec un premier jalon assumé : être prêt pour les JO 2024. Dans cette enveloppe budgétaire, 5,5 millions d’euros ont déjà été votés et attribués à l’aménagement des autoroutes et des grands axes franciliens, afin de permettre l’expérimentation de véhicules autonomes cette année sur l'A1 entre Paris et Roissy, l'A6 entre Paris et Orly, l'A4 pour la desserte de Marne-la-Vallée, l'A13 jusqu’à Saint-Quentin-en-Yvelines, l'A86 entre l’A1 et La Défense, l'A12 et la RN12.

En plus de ces investissements de la région, l’Etat a annoncé, en Avril 2019, avoir retenu deux consortiums chargés de mener 16 expérimentations, pour un montant d’aide de 42 millions d’euros.

Au niveau industriel, le groupe Renault-Nissan a annoncé, en Juin 2019, la signature d’un accord avec Waymo afin de partager leurs savoir-faire respectifs. L’objectif affiché est d’accélérer l’obtention d’un « permis » pour autoriser ces véhicules de demain à circuler.

 

Ces initiatives permettent et ces orientations politiques garantissent un avenir dynamique pour les voitures autonomes et les services de robotaxis d’ici les 5 prochaines années. Pour autant, en plus de l’aspect technique, les futurs opérateurs de robotaxis devront suivre de près l’acceptabilité sociale de tels services.

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